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30/11/2018

        Conte du cynisme ordinaire

               

 

Dans la petite commune où elle avait ouvert son cabinet de médecin généraliste, il n’y avait pas beaucoup de concurrence. Rapidement, elle s’était ainsi constituée une clientèle bourgeoise qui, été comme hiver, lui assurait de confortables revenus. Car chaque saison amène à un médecin son lot de malades chroniques.

 Peu à peu, elle commença à regarder avec suspicion ses patients les plus pauvres. Ceux-là ne venaient la consulter que lorsque leur état de santé était vraiment critique. Ils lui déballaient alors une kyrielle de symptômes, ce qui, bien sûr, rallongeait le temps moyen – 10 minutes – de ses consultations. Comment lutter contre ces dérives qui se traduisaient par un réel manque à gagner à la fin de la journée?  

C’est ainsi qu’un matin, on pût lire sur sa porte que le prix d’une consultation doublerait au-delà de deux symptômes exposés. Une façon de dire qu’ici, on ne traitait pas les cas désespérés, mais seulement les patients qui avaient l’élégance de n’être que modérément malades, afin de ne pas retarder le bon déroulement des consultations. Time is money.

Oublié le serment d’Hippocrate – un Grec ancien d’ailleurs complètement dépassé par les nécessités modernes.

Jusqu’à ce qu’une de ses patientes, un peu moins complaisante que les autres, ait la bonne idée d’informer l’Ordre des Médecins sur le barème de cette généreuse praticienne.

 

Jacques Lucchesi

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